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Le droit au chômage pour les dirigeants non salariés

Contrairement aux salariés, les dirigeants d'entreprise (gérant de SARL, président de SASU, entrepreneur individuel, micro-entrepreneur, professions libérales…) ne cotisent pas automatiquement à l'assurance chômage « classique ». Résultat : la plupart n'ont pas droit à l'ARE de France Travail.

Bonne nouvelle : il existe néanmoins une indemnité dédiée aux indépendants et dirigeants en cas de cessation involontaire : l'ATI (Allocation des Travailleurs Indépendants). Elle reste stricte, mais peut servir de filet de sécurité si vous cochez les bonnes cases. 🔎

Dans cet article, je vous explique les règles à jour, les montants actualisés, les conditions, et les démarches pour sécuriser vos droits en tant que dirigeant.

Faire le point sur ma situation avec un expert-comptable

Pourquoi les dirigeants n'ont-ils pas droit au chômage classique (ARE) ?

Le chômage « classique » (ARE) repose sur une condition clé : le lien de subordination (un employeur donne des directives, contrôle l'exécution du travail, peut sanctionner). Or, un dirigeant est généralement :

👉 Donc, par défaut, pas d'ARE après la fin de l'activité.

Exception : cumuler mandat social + contrat de travail (rare) ✅

Un dirigeant peut, dans certains cas, bénéficier de l'ARE s'il cumule un mandat social et un contrat de travail :

  • un mandat social (président/gérant), et
  • un vrai contrat de travail distinct.

Il faut démontrer :

  • ✅ des fonctions techniques réelles, différentes de la direction (ex : ingénieur, commercial terrain…) ;
  • ✅ une rémunération correspondant à ces fonctions ;
  • ✅ un lien de subordination effectif (contrôle, horaires, reporting, pouvoir disciplinaire…).

⚠️ En pratique, c'est très exceptionnel, surtout en SASU (associé unique) ou pour un gérant majoritaire de SARL. En cas de doute, faites auditer votre situation (expert-comptable + avis juridique) avant de compter dessus.

Le « chômage des dirigeants » : l'ATI (Allocation des Travailleurs Indépendants) 📢

Depuis le 1er novembre 2019, un dirigeant/indépendant peut bénéficier d'une indemnisation spécifique : l'ATI.

🎯 Objectif : offrir un minimum de revenus en cas de perte d'activité involontaire.

Pour une vue d'ensemble du sujet, vous pouvez aussi consulter notre guide complet sur l'assurance chômage du chef d'entreprise, qui détaille également les solutions privées (GSC, APPI, assurances dirigeant).

Vérifier mon éligibilité à l'ATI avec un expert-comptable

Les 2 situations qui peuvent ouvrir droit à l'ATI

Pour être éligible, vous devez être dans l'une des situations suivantes :

1) Procédure collective : liquidation judiciaire ou redressement judiciaire (avec arrêt/cessation d'activité).

2) Cessation « pour non-viabilité » (sans tribunal) : arrêt définitif + justificatifs économiques (notamment baisse d'activité) + attestation d'un tiers de confiance (souvent l'expert-comptable).

👉 Votre article initial liait l'ATI uniquement à la liquidation/redressement : en réalité, le dispositif couvre aussi la cessation pour non-viabilité si elle est correctement justifiée.

Conditions d'éligibilité ATI (à jour) : le checklist complet ✅

Pour toucher l'ATI, il ne suffit pas d'avoir fermé : il faut respecter un ensemble de conditions cumulatives.

1) Durée minimale d'activité

✅ Avoir exercé une activité non salariée pendant au moins 2 ans (de façon continue) au titre d'une seule et même entreprise.

2) Cessation involontaire (selon l'un des 2 motifs)

✅ Liquidation ou redressement judiciaire,

OU ✅ cessation définitive pour non-viabilité (avec éléments comptables + attestation).

📌 Sur la non-viabilité : la règle la plus citée est la baisse d'au moins 30 % (ex : chiffre d'affaires / revenus) sur une période de référence, à justifier par la comptabilité. Dans la pratique, France Travail attend un dossier très documenté.

3) Seuil de revenus antérieurs (montant à corriger)

Votre article indiquait « 10 000 € de revenus annuels sur les deux années précédentes ». La formulation correcte est :

✅ Justifier de revenus d'activité d'au moins 10 000 € par an en moyenne sur les 2 dernières années (donc, en pratique, au moins 20 000 € sur 2 ans si c'est stable).

📌 Attention : il s'agit des revenus professionnels retenus par l'administration (selon votre statut : BIC/BNC, rémunération de gérance, etc.), pas simplement du chiffre d'affaires encaissé.

4) Condition de ressources (souvent oubliée) ⚠️

✅ Vos ressources personnelles doivent être inférieures au montant du RSA pour une personne seule (au moment de la demande).

👉 C'est une condition importante, et elle explique pourquoi beaucoup de dirigeants sont refusés (épargne, revenus du foyer, pensions, revenus fonciers, etc. peuvent peser).

5) Inscription et recherche d’emploi

✅ Être inscrit à France Travail comme demandeur d’emploi,

✅ être en recherche effective (projet de retour à l’emploi, formation, etc.).

6) Pas de cumul avec certains dispositifs

Selon votre situation, l'ATI peut être incompatible avec d'autres allocations. En cas de cumul possible/partiel, France Travail arbitre.

Faire vérifier mon dossier ATI par un expert-comptable

Montant et durée de l'ATI (montants actualisés) 💡

Votre article indiquait 800 € par mois pendant 6 mois. L'idée est bonne, mais la valeur exacte est encadrée par un montant journalier (revalorisé périodiquement).

Durée maximale : 182 jours (environ 6 mois).

Montant : allocation journalière d'environ 26 à 27 € / jour, soit autour de 800 € par mois selon le mois (28/30/31 jours).

📌 Comme ce montant est susceptible d'être revalorisé, je vous conseille de vérifier la valeur en vigueur au moment de votre demande sur le site officiel (Service-Public / France Travail). Mais vous pouvez retenir l'ordre de grandeur : ~800 €/mois pendant 6 mois.

Zoom : liquidation judiciaire et redressement judiciaire (et documents à fournir) 📄

1) Liquidation judiciaire

La liquidation judiciaire correspond à l'arrêt (quasi) définitif de l'entreprise. Elle intervient quand :

  • l'entreprise est en cessation de paiements (impossibilité de payer le passif exigible avec l'actif disponible),
  • et le redressement est manifestement impossible.

🧾 Pièces souvent demandées pour l'ATI :

  • le jugement (liquidation),
  • les éléments comptables (bilans, liasses, attestations),
  • preuves de vos revenus professionnels,
  • justificatifs de radiation (selon statut : RCS, RM, URSSAF…).

2) Redressement judiciaire

Le redressement vise à poursuivre l'activité via un plan. L'accès à l'ATI dépendra du résultat :

  • si l'activité cesse réellement (conversion en liquidation ou arrêt acté), le dossier ATI peut être étudié,
  • si l'activité continue, il n'y a en principe pas « perte involontaire » au sens de l'ATI.

👉 Point clé : France Travail cherche à confirmer que vous êtes bien dans une cessation effective, et pas dans une réorganisation temporaire.

Cessation « pour non-viabilité » (sans tribunal) : ce qu'il faut comprendre

Beaucoup de dirigeants ferment sans passer par une liquidation (cessation, radiation, arrêt d'activité). Dans ce cas, l'ATI n'est pas automatique.

Pour que ce soit recevable, il faut généralement :

  • ✅ une cessation définitive + radiation,
  • ✅ des preuves économiques (baisse d'activité, comptes, situation de trésorerie…),
  • ✅ une attestation d'un tiers de confiance (souvent expert-comptable), justifiant la non-viabilité.

⚠️ Si vous « fermez amiablement » alors que l'activité reste viable (ou sans dossier solide), le risque de refus est élevé.

Exclusions fréquentes : pourquoi France Travail refuse ⚠️

  • ❌ Fermeture volontaire sans non-viabilité démontrée
  • ❌ Ressources supérieures au plafond (RSA personne seule)
  • ❌ Revenus insuffisants (moins de 10 000 €/an en moyenne sur 2 ans)
  • ❌ Moins de 2 ans d'activité
  • ❌ Dossier incomplet (radiation, attestations, pièces comptables)
  • ❌ Suspicion de fraude ou incohérences majeures

Alternatives si vous n'avez pas droit à l'ATI

1) Les assurances perte d’emploi du dirigeant 🛡️

Vu les limites de l'ATI, beaucoup de dirigeants se tournent vers :

  • GSC (Garantie Sociale des Chefs d'Entreprise)
  • APPI
  • contrats privés (ex : assureurs généralistes)

👉 Avantage : indemnisation plus cohérente avec votre revenu.

⚠️ Inconvénient : coût, délais de carence, exclusions, conditions de souscription.

2) Construire une épargne de précaution

📌 Objectif concret : viser 3 à 6 mois de charges personnelles (et idéalement un coussin côté pro). Pour structurer cette réserve, retrouvez nos conseils pour améliorer votre gestion de trésorerie.

3) Anticiper via la structure de rémunération

Selon votre forme (SASU, SARL, EI), un arbitrage rémunération/dividendes/charges peut améliorer votre résilience (à faire au cas par cas avec un pro, car impacts fiscaux et sociaux importants).

Conseils pratiques pour maximiser vos chances ✅

  • Ne « subissez » pas la fermeture : documentez la baisse d'activité (tableaux mensuels, marges, charges, trésorerie).
  • Faites valider votre dossier par un expert-comptable (attestations + cohérence des chiffres).
  • Anticipez les délais : radiation, inscriptions, pièces… peuvent prendre du temps.
  • Évitez les erreurs de calendrier : inscription France Travail, justificatifs, radiation… tout doit s'aligner.

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Vidéo : l'assurance chômage du chef d'entreprise expliquée par SOCIC

Pour aller plus loin, l'équipe SOCIC détaille en vidéo le fonctionnement de l'assurance chômage des dirigeants (ATI, statuts, alternatives privées) :

FAQ – Chômage du dirigeant (SASU, SARL, indépendants)

Un président de SASU peut-il bénéficier du chômage ?

Oui, mais rarement via l'ARE. En pratique, il peut surtout viser l'ATI s'il remplit toutes les conditions (cessation involontaire + 2 ans d'activité + revenus suffisants + ressources sous plafond + inscription France Travail). Pour le détail des règles propres aux présidents de SAS/SASU, consultez notre article quel droit au chômage pour le président de SAS ou SASU.

Un gérant majoritaire de SARL a-t-il droit au chômage ?

Pas à l'ARE (sauf contrat de travail réel et validé, ce qui est rare). En revanche, il peut être éligible à l'ATI si toutes les conditions sont réunies.

Quel est le montant du chômage pour dirigeants ?

L'ATI correspond à environ 26–27 € par jour, soit autour de 800 € par mois, pendant 182 jours maximum (≈ 6 mois). Le montant exact dépend de la valeur journalière en vigueur.

Quels documents prévoir ?

  • Jugement de liquidation/redressement (si concerné)
  • Preuves de radiation
  • Bilans / liasses / éléments comptables sur 2 ans
  • Justificatifs de revenus professionnels
  • Attestation de non-viabilité (si cessation hors tribunal)

Si je ne suis pas éligible, que faire ?

Regardez les assurances type GSC/APPI, travaillez un plan de rebond (mission, CDI, formation), et structurez une épargne de précaution pour l'avenir. Si vous envisagez de relancer une activité en micro-entreprise, notre article sur le cumul micro-entreprise et chômage peut vous éclairer.

Conclusion : droit au chômage des chefs d'entreprise, une protection réelle mais limitée

Le « chômage du dirigeant » n'est pas un chômage classique : l'ATI existe, mais elle est courte, forfaitaire (≈ 800 €/mois) et soumise à des conditions strictes (revenus, ressources, 2 ans d'activité, cessation involontaire et dossier solide).

👉 Le bon réflexe : anticiper (assurance dirigeant, épargne, pilotage des indicateurs) et se faire accompagner pour monter un dossier robuste si une fermeture devient inévitable.

Si vous me donnez votre statut (SASU/SARL/EI/micro), votre durée d'activité, et la nature de l'arrêt (liquidation, radiation, baisse de CA…), je peux vous faire une checklist personnalisée des pièces à préparer et des points de vigilance.

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Jean-Luc Javelaud

Jean-Luc Javelaud

Expert-comptable

Jean luc Javelaud Expert comptable, commissaire aux comptes DES fiscalité Aix en Provence et DES Gestion de patrimoine AUREP. Fondateur du cabinet SOCIC

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