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Placement de trésorerie en entreprise : comment faire ?

Vous disposez au sein de votre entreprise d’une trésorerie excédentaire et vous ne savez pas comment la placer ?

Les banques proposent souvent des solutions “cash management” simples (comptes à terme, OPCVM monétaires, bons de caisse, titres de créances négociables), mais avec une rémunération parfois à peine supérieure (ou proche) de l’inflation et surtout peu optimisée fiscalement pour une société à l’IS.

Résultat : votre trésorerie travaille mal… alors qu’il existe des solutions plus efficaces : contrat de capitalisation, usufruit temporaire, holding…

Socic expert comptable spécialisé en gestion de patrimoine
Socic expert comptable spécialisé en gestion de patrimoine

1) Le contrat de capitalisation pour personne morale (l’“assurance-vie” de la société) 💡

Votre société peut ouvrir un contrat de capitalisation (contrat de capi). C’est, dans l’esprit, l’équivalent d’une assurance-vie… mais adaptée aux personnes morales (SAS, SARL, holding à l’IS, etc.).

Ce que vous pouvez loger dans un contrat de capitalisation

  • Fonds en euros
  • Unités de compte (OPCVM, ETF selon les contrats)
  • SCPI (selon assureur/contrat)
  • Produits structurés (selon profil de risque)
  • Parfois titres vifs (selon enveloppe/compagnie)

Liquidité : les fonds ne sont pas “bloqués” au sens strict : vous pouvez effectuer des rachats. En pratique, on évite de multiplier les mouvements à court terme à cause des frais et de la gestion (arbitrages, délai de désinvestissement de certains supports, etc.).

👉 Certains contrats permettent aussi des avances (selon assureur), utiles pour faire face à un besoin ponctuel sans vendre des supports au mauvais moment.

Fiscalité : le point clé à connaître (et à jour)

✅ L’intérêt majeur : les plus-values latentes ne sont pas imposées au fil de l’eau comme un portefeuille-titres classique.

En revanche, pour une société soumise à l’IS, il existe une taxation forfaitaire annuelle (règles spécifiques aux contrats de capitalisation détenus par des entreprises) : l’entreprise doit réintégrer un produit imposable calculé forfaitairement, même si elle ne retire pas d’argent.

Principe : le produit imposable annuel est calculé notamment à partir de 105% du TME (Taux Moyen des Emprunts d’État) constaté à la date de souscription, appliqué à la valorisation du contrat (mécanisme forfaitaire).

Exemple actualisé (avec un TME plus cohérent avec les niveaux récents) :
Vous souscrivez un contrat de capitalisation de 100 000 € à une date où le TME est de 3,05%.
Produit imposable forfaitaire (ordre de grandeur) :
100 000 × 105% × 3,05% = 3 202,50 € imposables, même si le contrat a gagné 6 000 € (ou seulement 1 000 €).

Au taux normal d’IS de 25% (taux en vigueur), cela représenterait environ 800,63 € d’impôt pour l’année, toutes choses égales par ailleurs.

✅ La “vraie” plus-value globale est ensuite constatée lors d’un rachat / dénouement, en tenant compte des impositions forfaitaires déjà supportées (mécanisme de neutralisation partielle).

Conseil pratique : ce placement est surtout pertinent si vous avez une trésorerie que vous pouvez immobiliser “psychologiquement” sur plusieurs années (même si juridiquement c’est liquide), avec une allocation cohérente (fonds euros/UC/SCPI) et un objectif : réserve, projet d’acquisition, cash de sécurité long terme, etc.

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2) Acheter l’usufruit temporaire de parts de SCPI (stratégie société à l’IS) ✅

Le démembrement de SCPI (usufruit / nue-propriété) est devenu un classique pour placer la trésorerie d’une société à l’IS.

Rappel : une SCPI détient un patrimoine immobilier (bureaux, santé, logistique, commerces, résidentiel…). Le risque n’est pas nul (valeur des parts, vacance, baisse des loyers), mais on est sur un sous-jacent immobilier diversifié.

Le mécanisme

  • Votre société achète l’usufruit temporaire de parts (souvent 3, 5, 7 ou 10 ans).
  • Elle perçoit les loyers pendant la durée.
  • À la fin, l’usufruit s’éteint et les parts reviennent au nu-propriétaire.

💡 Point important : le prix de l’usufruit dépend d’une clé de démembrement. Pour 5 ans, on observe souvent des clés autour de 23% à 30% selon les SCPI et le marché (20% existe mais devient moins courant selon les périodes et la SCPI).

Exemple chiffré (corrigé & plus réaliste)

Supposons :

  • Valeur des parts en pleine propriété : 50 000 €
  • Taux de distribution visé : 5% (ordre de grandeur courant selon SCPI, sans garantie)
  • Usufruit 5 ans avec clé à 25%

Coût de l’usufruit : 50 000 × 25% = 12 500 €
Revenus annuels estimés : 50 000 × 5% = 2 500 € / an
Sur 5 ans : 12 500 € de revenus bruts encaissés.

Rendement “sur le capital réellement investi” (usufruit) :
2 500 / 12 500 = 20% par an (brut), car vous payez 12 500 € pour toucher des revenus calculés sur 50 000 €.

La cerise 🍒 : amortissement de l’usufruit (et optimisation IS)

✅ En comptabilité, l’usufruit temporaire est en général amortissable sur la durée (ici 5 ans).
Donc amortissement annuel : 12 500 / 5 = 2 500 € par an.

Conséquence :

  • Vous encaissez 2 500 € de revenus,
  • et vous passez 2 500 € de charge d’amortissement.

👉 Dans cette configuration simplifiée, le résultat fiscal lié à l’opération peut être proche de zéro (hors autres frais), donc peu ou pas d’IS sur ces revenus, ce qui améliore fortement le rendement net.

Attention : tout dépend de votre situation (autres charges, niveau de résultat, taux effectif, modalités exactes de comptabilisation, frais de souscription SCPI, délais de jouissance, etc.).

Montage “optimum” souvent rencontré

👉 La société achète l’usufruit (et encaisse les revenus).
Le dirigeant (à titre personnel) achète la nue-propriété s’il en a la capacité.

Avantages côté dirigeant :

  • Pas de revenus pendant la période (donc pas d’IR supplémentaire lié à ces loyers)
  • La nue-propriété est en principe exclue de l’IFI (c’est l’usufruitier qui est imposable à l’IFI, quand l’IFI s’applique)
  • À terme, reconstitution de la pleine propriété sans fiscalité “automatique” sur les loyers pendant la phase de démembrement

SCPI “allemandes” : précision importante

On lit souvent “pas imposable en France”. C’est à nuancer :

  • Les revenus de source étrangère peuvent être imposés à l’étranger (ex : Allemagne) selon la convention fiscale.
  • En France, le traitement dépend du porteur (personne physique vs société IS) et du mécanisme (exonération avec taux effectif, ou crédit d’impôt, etc.).

✅ Conclusion : oui, cela peut être fiscalement intéressant, mais il faut vérifier le traitement exact selon votre structure et votre SCPI.


3) Réinvestir via une holding (immobilier, SCI, participations) 🚀

Autre solution déjà abordée : Faut-il créer une holding.

Investir via une holding (souvent à l’IS) permet de centraliser la trésorerie et de réinvestir : immobilier via SCI, prises de participation, financement de projets, etc.

Comment remonter la trésorerie ?

✅ L’intérêt principal : vous gardez la main sur le choix des investissements (immobilier ciblé, stratégie de long terme, diversification).

⚠️ L’inconvénient : cela demande du temps, de la méthode (juridique, fiscal, bancaire) et une vraie gestion (suivi locatif, financement, comptabilité, arbitrages).


4) Comment choisir la bonne solution ? (checklist rapide) ✅

  • Votre horizon : 3-12 mois (plutôt monétaire/CAT) ou 3-10 ans (capi/SCPI/holding) ?
  • Votre besoin de liquidité : pouvez-vous immobiliser une partie de la trésorerie ?
  • Votre fiscalité : société à l’IS, niveau de résultat, stratégie de rémunération/dividendes
  • Votre tolérance au risque : fonds euros vs UC vs immobilier
  • Votre capacité de gestion : solution “déléguée” (contrat) ou “active” (holding/immobilier)

À retenir

✅ Pour une entreprise avec de la trésorerie, le contrat de capitalisation et l’usufruit de SCPI sont deux solutions souvent pertinentes, à condition de bien maîtriser :

  • la fiscalité (forfait TME pour le capi, IS + amortissement pour l’usufruit),
  • la liquidité réelle,
  • les risques (marchés financiers / immobilier),
  • et la cohérence avec votre stratégie (réserves, investissements, transmission, holding).

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Jean-Luc Javelaud

Jean-Luc Javelaud

Expert-comptable

Jean luc Javelaud Expert comptable, commissaire aux comptes DES fiscalité Aix en Provence et DES Gestion de patrimoine AUREP. Fondateur du cabinet SOCIC

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